Le langage chez les enfants déficients intellectuels
Magali Genet (éducatrice spécialisée)
L'approche
théorique |
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Aujourd'hui
de nombreuses recherches sont menées sur le langage dans divers champs
théoriques. Le but étant souvent de connaître le fonctionnement
ou le sens du langage de manière de plus en plus précise et de
le modéliser en fonctionnement machine. A ce sujet on entre souvent dans
des considérations sur l'inné ou l'acquis du langage. Sans entrer
dans ce débat, je considérerai que le développement du
langage nécessite des stimulations et que l'on peut repérer, pour
tous les enfants, des périodes dans ce cheminement vers le langage adulte.Si
on s'attache à un milieu plus spécialisé, on est vite dépourvu
d'ouvrage sur le thème du langage avec des enfants déficients
intellectuels. Les seuls recueils présentent, soit une dénomination
des retards et des troubles du langage, soit une description des tests expérimentaux
sur la mesure de l'intelligence et du langage. C'est pourquoi je vais m'attacher
dans ce qui suit à plusieurs théories, évoquant les fonctions
et les formes du langage vues dans l'interaction langagière. Cependant
je ne relaterai pas l'ensemble des aspects étayés dans ces théories.
J'aimerai préciser dès à présent que ces théories
restent consciencieusement abstraites et leurs applications sur le terrain sont
plus que délicates et incertaines notamment pour des travailleurs sociaux.
Ainsi, j'ai souhaité dans un premier temps redéfinir le langage
dans le sens où il sera employé dans ces pages. Puis je vais aborder
brièvement le développement du langage chez l'enfant et les troubles
pouvant exister. Ensuite, je repréciserai le concept d'intelligence et
de déficience intellectuelle ainsi que les troubles qui en découlent
couramment et précisément ceux du langage. Enfin j'expliciterai
une approche pragmatique et sociolinguistique du langage pour aiguiller mes
propos sur l'interaction langagière des enfants.
En
parcourant les diverses théories sur le langage, on peut trouver de multiples
définitions de ce mot, si simple et si complexe à la fois. De
manière générale, le langage est défini dans le
dictionnaire (Hachette, 1994) comme la "faculté humaine de communiquer
aux moyens de signes vocaux". D'après mes diverses lectures, je
considérerai, dans ce mémoire, le langage comme "cette aptitude qui donne à l'homme l'accès
à la communication avec autrui . ..., Pour les êtres vivants organisés
en société, le geste est le moyen de communication; pour l'homme,
le langage articulé est devenu le dénominateur commun". Ainsi, le langage peut être défini en trois
points.
Tout d'abord, il est un système fini d'unités sonores - la parole
- qui, en se combinant, permettent de former une infinité d'énoncés,
conformément à une syntaxe, c'est à dire à un ordre
capable d'en modifier le sens.
Ensuite c'est un système de symboles, c'est à dire de signes arbitrairement
liés à un signifiant - la langue -.
Enfin le langage humain n'est pas forcément lié aux
événements immédiats car il permet d'évoquer des
faits réels, imaginaires, passés ou futurs.
En ce sens, le langage comprend donc le verbal et le non verbal comme la gestuelle,
la mimique, l'affect. Dans la suite, je m'attacherai principalement au langage
verbal pour répondre à mes questions de départ. Cependant
le langage est rarement exclusivement verbal, "il est toujours accompagné d'une gestuelle corporelle
qui, par une mobilité expressive, tente de compléter la signification". C'est pourquoi le langage non verbal sera étudié
également puisque que les enfants sont amenés à l'utiliser.
L'acquisition du langage chez l'enfant
E.Genouvrier dit que "la grande majorité des enfants,
même élevés dans des conditions difficiles, acquièrent
normalement le langage : c'est à dire sans que l'on n'y prenne garde
; « naturellement »". Comme je
l'ai mentionné en introduction, on ne connaît pas véritablement
le processus de construction du langage «normal» de l'enfant où
un débat persiste sur l'innéité ou l'acquisition du langage.
Pourtant ce qui paraît aujourd'hui incontestable pour l'ensemble des chercheurs
(de Chomsky à Piaget) est que l'enfant a besoin d'une structure familiale
et sociale qui le "mettent dans un bain de langage" pour parler.
Dans le développement cognitif de l'enfant, on repéré que
les enfants accédent toujours de la même manière au langage
quellles que soientt la langue parlée et l'éducation.
On distingue classiquement deux périodes dans le développement
de l'activité langagière des enfants.
La première, prélinguistique, recouvre environ les dix premiers
mois de la vie. Elle est constituée principalement de sons; les premiers
émis par le bébé sont des babillages qui nécessitent
déjà une capacité respiratoire et motrice.
La seconde période, linguistique, commence vers la fin de la première
année. Le système linguistique de l'enfant s'élabore sur
l'écoute et la reproduction, il est évident que ce sont les parents
et l'environnement social de l'enfant qui servent de référents.
Par mimétisme auditif et verbal (l'audition et l'articulation étant
interdépendantes) et également grâce à une incitation
à nommer, l'enfant règle peu à peu son expression verbale.
Ainsi il commence à manifester une certaine compréhension du comportement
de communication de l'adulte à son égard. Le système de
réponses aux stimuli perçus s'enrichit avec l'âge par l'effet
de la maturation et à mesure des échanges verbaux. Peu à
peu l'enfant complète son répertoire de mots et l'addition
successive de mots va le conduire à la naissance des premières
phrases.
Par ailleurs, la parole dépend d'un réseau cérébral
largement distribué mais également de capacités motrices,
respiratoire, phonétique et sensorielle. Grâce à un contexte
parolier qui surgit dans la réalité propre de l'enfant (sa vie
quotidienne), le système verbal de l'enfant se met progressivement à
fonctionner en procèdent d'une alternance d'essais, d'échecs,
de répétition, d'abondon et de surprise dans un constant va-et-vient
entre "l'apprenti-parleur" et le parleur. L'enfant devient acteur
de parole.
Une étape importante dans le développement du langage verbal est
l'apparition du pronom personnel je . "Je n'employe je qu'en m'adressant
à quelqu'un qui sera dans mon allocution un tu . Cette condition de dialogue est constitutive de la personne, car
elle implique en réciprocité que je deviens tu dans l'allocution
de celui qui à son tour se désigne par je . ..., je se référe
à un acte de discours individuel où tu en désigne le locuteur" .
C'est donc en employant le je que le locuteur devient sujet. Cette subjectivité
se constitue dans et par le langage et trouve son fondement dans le statut linguistique
de la personne. En employant cette première personne du singulier, l'enfant
s'individualise; il arrive mieux à se positionner par rapport à
autrui. L'accès au pronom suppose la perception de chacun agisant en
son nom et s'opposant à tu et à il.
Cependant
"le développement et l'utilisation du langage, s'il
est en relation directe avec un certain nombre d'acquisitions et de compétences,
est tout de même une des acquisitions la plus tardive dans l'évolution
hiérarchique"; . Ceci s'explique par
le fait que l'enfant n'utilise le langage qu'à partir du moment où
les circuits qui procèdent de la perception à l'action, sans passer
par l'intermédiaire d'un symbolisme, ne peuvent plus résoudre
les problèmes qui lui sont posés en recourant à eux seuls.
Bien évidemment la capacité de parler procédé à
la fois du sensori-moteur, du cognitif et enfin du socio affectif.
Les conditions affectives, l'imprégnation du milieu socio-économique
et culturel occupent une place considérable dans l'évolution du
langage verbal et sur les potentialités intellectuelles de l'enfant.
L'enfant se réfère aux modéles parentaux et son évolution
se construit sur ces bases. Des capacités sur le plan intellectuel
s'avèrent également importantes. Mémoriser, ordonner, reconnaître,
reproduire, ..., cette gymnastique intellectuelle doit être maintenue
constante dans le dévelopement du langage.
Il faut tout de même ajouter, en référence
à R. Toupence , des phases indispensables
dans le développement du langage : il faut vouloir communiquer, il faut
savoir ce que nous voulons communiquer, il faut pouvoir le formuler correctement,
il faut le réaliser physiquement. Le langage est alors un acte indépendant
(personnel) qui nécessite l'intégration de ces quatre phases (cet
aspect sera développé tout au long du mémoire).
Finalement le langage «normal» sera l'état de celui qui n'attire
pas l'attention de l'entourage sur le plan de la compréhension comme
sur celui de l'expression. Cette appréciation est bien sûr
le fait de la famille et plus tard de l'école. Cependant "la nature du langage «normal» et son contenu possible
sont des résultantes de plusieurs facteurs : l'objet du discours, le
milieu auquel il est adapté, l'intelligence du sujet".
Enfin il ne faut pas oublier que la communication s'établit toujours
avec autrui. l'enfant n'est jamais seul responsable du développement
de son langage qui dépend avant tout de sa famille et de son environnement
familial et social, au sens large (camarade, école,...).
Le
terme "troubles du langage" est, en France, une expression courante
chez les professionnels pour désigner un langage "a"-normal.
Ce terme est vague et permet souvent de trouver toute sorte de difficultés
sous ce label. On peut tout de même répertorier trois troubles
bien distincts : les troubles de l'articulation, les troubles du rythme, les
retards de langage.
III-1 les troubles de l'articulation
Ils
sont définis par la déformation d'un ou plusieurs sons. En fait selon E. Genouvrier , tous les jeunes enfants déforment
la prononciation du français : il sont
en train de l'acquérir. Cependant si des difficultés persistent
vers l'âge de cinq ans, on peut parler de troubles articulatoires. On
constate alors des erreurs motrices systématiques et permanentes dans l'exécution
d'un phonème.
111-2)
les troubles du rythme de la parole
On les nomme plus couramment sous le terme de bégaiement. Le bégaiement
est un trouble du rythme de la parole, qui se manifeste par l'impossibilité
de prononcer une syllabe ou une voyelle sans la répéter et par
un débit ralenti des mots. Ce trouble existe en présence d'un
interlocuteur de façon plus ou moins constante et plus ou moins forte
selon le moment de la journée, de la fatigue, l'émotion éprouvée,..
111-3) les retards de langage
On classe dans cette rubrique l'ensemble des troubles du langage qui ne sont
ni des troubles de l'articulation, ni des troubles du ryhtme de la parole et
qui se manifestent chez un enfant ne présentant aucune lésion.
Ces troubles sont distingués en trois catégories.
Les retards simples peuvent exister chez des enfants normalement constitués
mais se comblent vers l'âge de six ans. Ils se caractérisent par
l'existence d'une perturbation du langage. La réalisation du langage
est plus touchée que la compréhension. Dans ce cas, on observe
une compréhension et une expression nettement inférieures à
celles d'enfant du même âge.
Les dysphasies sont au contraire des troubles qui persistent chez l'enfant.
Ils se caractérisent, identiquement, par une communication verbale mais
avec une compréhension et une expression inférieure et qui touchent
plus profondément la parole et la personnalité de l'enfant. On
peut constater une prononciation réduite ou abrégée, un
vocabulaire pauvre et imprécis et une grammaire fautive. De ce fait,
la structure du langage ne dépasse par un certain stade.
L'audi-mutité est le cas extrême où le langage de l'enfant
est quasi absent. L'enfant entend mais ne parle pas.
le
concept d'intelligence
Avant d'aborder la notion de déficit intellectuel, il me parait incontournable
de re-préciser le concept d'intelligence puisque ces deux mots sont fortement
liés.
"Le modèle d'intelligence communément admis dans notre
civilisation, qui semble servir à classer les individus au sein de la
société, est un modéle archaïque mais qui n'en est
pas moins d'une grande implication dans le réseau social. Il s'agit simplement
d'une hiérarchie des valeurs acquises progressivement allant du comportement
réflexe aux possibilités d'abstraction et à la logique
formelle". Apparement simple le concept d'intelligence
ne trouve pas une définition légitime et reconnue par tous.
Il existe plusieurs significations du terme d'intelligence qui différe
selon les courants et les auteurs. Pour rappeler brièvement ces concepts,
il faut évoquer des chercheurs comme A.Binet, Wallon, J. Piaget et les
psychanalystes héritiers de S. Freud.
Pour Binet, auquel on doit "l'échelle métrique d'intelligence",
l'intelligence est considérée comme une aptitude globale innée.
L'échelle métrique renseigne sur ce que l'enfant, à un
moment donné et dans une situation précise, sait ou ne sait pas
faire. Ainsi pour lui, le développement mental serait conçu comme
une addition progressive de résultats acquis.
Pour Wallon, l'intelligence apparaît en même temps qu'une nouvelle
fonction organique puisqu'il part de l'idée que la vie psychique est
liée au développement cérébral. Ainsi, le développement
mental serait conçu comme une succession linéaire et cumulation
de structures.
Pour Piaget, l'intelligence n'est pas innée mais acquise grâce
à un fonctionnement par assimilation et accomodation. L'assimilation
est une activité mentale consistant à une incorporation des schémes
qui peut être d'ailleurs aussi bien biologique que mentale. L'accomodation
est également une activité mentale qui occasionne une modification,
une transformation des schémes initiaux pour s'adapter à une situation
nouvelle.
Ces adaptations successives permettraient d'atteindre un état d'équilibre.
Pour lui, l'évolution de l'intelligence est une construction, définie
en quatre stades, mise en oeuvre grâce à l'interaction réciproque
et permanente entre l'enfant et son milieu extérieur. Les quatre stades
du développement de l'enfant selon Piaget sont : le stade sensori-moteur,
le stade pré-opératoire, le stade opératoire concret, le
stade formel.
Le développement mental serait conçu comme l'organisation progressive
d'un mécanisme opératoire.
J. Piaget a également réalisé des travaux sur "le
langage et la pensée chez l'enfant" et a montré à
quel point le développement du langage et le développement intellectuel
étalent associés l'un à l'autre. II est par conséquent
difficile de parler de stade de développement de l'intelligence sans
évoquer celui du langage et inversement. C'est pourquoi, j'exprimerai
les stades cognitifs de l'intelligence selon Piaget en les liant au développement
du langage, dans la partie intitulée "Le langage et la déficience".
Pour les psychanalystes héritiers de Freud, l'intelligence est liée
à l'affectivité de l'être. Un stade se caractérise
par la mise en correspondance d'une source pulsionnelle particulière,
d'un objet particulier et d'un certain type de conflit. Pour eux les stades
sont emboités successivement et reste sous-jacent ou présent les
uns, les autres.
On peut donc constater que le concept d'intelligence n'est pas simple et que
selon l'approche théorique, l'intérêt est porté sur
différents aspects concourant au développement de l'intelligence.
C'est pourquoi, il n'est pas évident, non plus, de définir le
concept de déficience intellectuelle. Cette désignation met surtout
l'accent sur un déficit, une insuffisance en rapport à une intelligence
dite «normale »,toute relative soit telle.
le
concept de déficience intellectuelle
Au sens de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la déficience
correspond à l'anomalie, au désordre anatomique, pathologique
ou psychlogique. Elle concorde avec l'aspect lésionnel du handicap. Elle
peut être un état temporaire ou permanent résultant d'une
maladie, d'un accident ou peut être constatée au terme de la phase
de soins initiaux du nouveau né.
La déficience intellectuelle a des causes organiques multiples
troubles
psychiatriques
manifestations névrotiques graves
troubles organiques innés ou acquis
maladies génétiques
accidents
facteurs indéterminés
Je tiens à préciser que l'OMS préconise de ne plus utiliser
les termes de débiles, idiot, ... (bien qu'on les trouve encore dans
le langage commun) mais celui d'insuffisance intellectuelles. Ces insuffisances
comprennent celle de l'intelligence, de la mémore, et de la pensée.
Les
enfants avec lesquels j'ai travaillé et qui ont été associés
à ce mémoire sont accueillis en Institut Médico Pédagogique.
Ils y ont été orientés car ils présentent une déficience
intellectuelle moyenne ou légére avec des troubles associés.
Cette désignation se référe à la classification
de l'OMS qui recouvre l'ensemble des déficiences des moins importantes
au plus grave. On parle de retard mental profond, grave, moyen ou léger
suivant les déficits de la personne.
retard mental profond
Ces sont des personnes qui sont succeptibles d'apprentissages simples en ce
qui concernent les membres inférieures, supérieures et la mastication.
L'autonomie sociale n'est pas concevable. Le langage est quasi-inexistant, réduit
à quelques phonèmes et mots. Le comportement est dominé
par l'immaturité affective, l'insécurité, l'insuffisance
du contrôle émotionnel. Leur QI (QI, se référant
à l'échelle métrique de Binet) est inférieur à
20.
retard mental grave
Ces sont des personnes qui peuvent acquérir des apprentissages semblables
à ceux présentant un retard profond ainsi qu'un apprentissage
systématique des gestes simples. Le langage rudimentaire et restreint
est utilisé pour l'expression simple des besoins et des échanges
concrèts. Leur QI se situe entre 20 et 35.
retard mental moyen
Ce retard est comptatible avec une certaine autonomie qui, cependant, ne permet
guère la pleine responsabilité des conduites. Ces enfants peuvent
acquérir des notions simples de communication, des habitudes d'hygiène
et de sécurité élémentaire. Ils peuvent accéder
à une habilité manuelle simple. Ce sont des personnes qui ne semblent
pas pouvoir acquérir des notions de lecture et d'arithmétique.
Leur quotient intellectuel se situe entre 35 et 49.
retard mental léger
Ce retard entraine surtout une inadaptation à la scolarité en
milieu ordinaire. C'est à dire des enfants qui peuvent acquérir
des aptitudes pratiques (adaptation possible au situation), la lecture et des
notions d'arithmétiques mais ceci grâce à une éducation
spécialisée. Le langage ne présente pas d'anomalie massive.
Leur QI se situe entre 50 et 70.
Il est cependant nécessaire de ne pas se limiter à l'évaluation
du niveau mental pour appréhender la population déficiente intellectuelle.
Le QI est une vision réductrice de l'intelligence puisque selon les conditions
de réalisation des tests, la personne, l'attitude de l'enfant au moment
donné, ..., le résultat peut différer. On ne mesure pas
vraiment l'intelligence mais le retard ou l'avance d'un enfant sur un autre.
De même, il est évident que les catégories et leurs définitions
exprimées ci-dessus sont des indicateurs pour spécifier des difficultés
d'ordre intellectuel mais ne doivent pas, à mon sens, être prise
de manière stricte.
C'est pourquoi, il faut aussi (et surtout) prendre en considération les
comportements et les difficultés particulières de chaque enfant.
Ainsi pour ne pas s'arrêter à une classification, il me semble
intéressant de se pencher sur la notion de déficience harmonique
et dysharmonique et par la suite sur les troubles associés à la
déficience.
La
notion de déficience harmonique et dysharmonique
E. Mises introduit une distinction entre les déficiences harmoniques
et dysharmoniques
Les déficiences harmoniques se caractérisent par un fonctionnement
intellectuel pauvre où le sujet est incapable d'user d'adaptation face
à une nouvelle situation. L'enfant est pris dans un monde ramené
à ses dimensions les plus concrètes, les plus immédiates.
Par ailleurs, les déficiences dysharmoniques sont représentées
par une dysharmonie évolutive où s'imbriquent une insuffisances
intellectuellle, des troubles
de
la personnalité et assez souvent des troubles instrumentaux. Le sujet
paraît instable et émotif. De par ces différents versants,
il est difficile de déterminer dans le comportement de l'enfant ce (lui
revient à la déficience de base et ce qui correspond aux perturbations
relationnelles, aux inhibitions, aux troubles instrumentaux.
Actuellement, on trouve dans les IMP, des enfants présentant souvent
des déficiences dysharmoniques. C'est pourquoi, j'ai tenu à évoquer
la définition afin de faire part de la complexité d'une analyse
sur les difficultés propres à la déficience ou à
d'autres paramètres.
Les troubles associés à
la déficience intellectuelle
Les enfants déficients intellectuels présentent pour la plupart
des troubles associés à la déficience. On peut citer les
troubles relationnels, les troubles du langage, les troubles de l'attention
ou les troubles du comportement.
Ces troubles ne peuvent s'exprimer de manière exhaustive puisque suivant
les enfants, leur éducation, leur environnement, des troubles résultant
de la présence d'une déficience, vont ou non apparaître.
Ces troubles sont souvent une réponse à un processus de déstabilisation
de l'enfant. De ce fait, ils induisent des comportements particuliers qui se
répercutent notamment sur leur interaction langagière.
Pour ces raisons, je tenais à évoquer, dés à présent,
les différents troubles associés à la déficience
que j'ai pu rencontrer mais je reviendrai précisément sur ceux-ci
dans la deuxième partie de ce mémoire concernant la "présentation
des enfants interviewés"
"Le fonctionnement intellectuel ne doit pas être enrayé,
mais au contraire, se développer dans des conditions psychologiques particulièrement
satisfaisantes, pour favoriser simultanément le développement
du langage".
A ce sujet, Oléron a montré dans ces recherches sur "le langage
et le développement mental" que l'acquisition du langage verbal
est plus rapide chez les sujets dont le quotient intellectuel est élevé;
elle est retardée chez ceux qui présente le QI le plus faible.
Dans les cas d'enfants présentant des déficits graves, la déficience
s'accompagne d'une absence de langage verbal. C'est la preuve que son aquisition
et son emploi dépendent d'un niveau suffisant de développement
intellectuel, se révèlant être la condition nécessaire
à ceux-ci.
Dans les déficiences intellectuelles moins extrêmes, on peut penser
que le langage n'est pas à considérer seulement comme conséquence
d'un déficit intellectuel mais qu'il contribue à jouer un rôle
dans le niveau des acquisitions cognitives. "Entraînés à utiliser un codage verbal, les
déficients mentaux améliorent leur performances. Ainsi, leur faible
niveau de réussite ne résulte pas seulement d'un potentiel intellectuel
limité, mais aussi de la difficulté à employer les moyens
verbaux qui faciliteraient l'exécution des tâches".
On peut donc dire aisément que le développement mental et langagier
sont complémentaires puisque les capacités cognitives, suffisamment
structurées, rendent possible l'utilisation et la construction des phrases.
Mais c'est aussi la reformulation des idées et des phrases, incitées
notamment par le feed-back (action verbale en retour de correction et régulation
du système d'émission d'origine) qui permettent de mieux les intégrer
et d'accéder à un stade cognitif supérieur. C'est ce que
l'on appelle le principe d'incorporation qui exige nécessairement l'assimilation
du savoir, préalablement acquis, pour aller au delà.
On voit donc le lien intime entre le langage et l'intelligence auquel fait également
référence J.Piaget.
Cependant pour en comprendre l'enlacement, il faut se référer
aux quatre stades cognitifs de Piaget sur l'intelligence dans lesquels on peut
repérer les étapes du développement du langage qui y sont
liés.
Lors du stade sensori moteur, l'intelligence est essentiellement pratique; le
bébé résout les problèmes par l'action et structure
ainsi le monde qu'il l'entoure. Les deux principales acquisitions de ce stade
sont
> la permanence de l'objet. c'est à dire que le bébé
devient capable de se représenter l'existence et les déplacements
de l'objet, qui a disparu de son champs de vision.
> l'organisation de l'espace, qui permet à l'enfant d'organiser les
déplacements de son corps.
A la fin de cette période, l'enfant est capable d'images mentales, et
de représentations symboliques qui vont lui permettre d'accéder
au langage.
Lors du stade pré-opératoire, l'enfant accédé à
la pensée représentative, indispensable pour le langage. Il peut
agir en pensée imagée qui évoque une réalité
particulièrement symbolique. La représentation mentale se fonde
sur un système de relations entre la chose et son correspondant imagé
que le langage n'est pas apte à exprimer pour autant que la vision intuitive
est particulière et, donc pratiquement incommunicable. Cette pensée
enferme l'enfant en lui-même, par exemple dans les jeux symboliques, il
transforme le réel au gré des besoins et des désirs du
moment. Piaget parle de langage égocentrique.
Le stade opératoire concret est un tournant dans le développement
cognitif puisqu'il marque l'apparition des opérations réversibles
et, structure logiquement l'ensemble tics connaissances d'une intelligence s'appuyant
sur la représentation. A ce stade, le développement du langage
évolue de phrases simples (petite phrase comportant sujet et verbe) vers
une phrase plus complexe (avec des compléments).
Enfin le stade formel est caractérisé par l'accès à
l'abstraction et au rai sonne Ille lit hypothético-déductible;
la pensée se libéré des contenus réels. L'enfant
est désormais capable de formuler des hypothèses et d'accroître
ses possibilités déductives. Le langage est socialisé et
très élaboré qualitativement et quantitativement.
De cette continuité et dépendance entre développement mental
et langage, on imagine aisément les difficultés qui s'exposent
à l'enfant déficient mental. I1 rencontre des obstacles pour s'exprimer
verbalement dus à son handicap intellectuel et, conjointement, il lui
est pénible d'expliciter avec des mots, sa pensée et son raisonnement
d'action, puisqu'il a des carences langagières.
Selon Inhelder les enfants déficients intellectuels ont accès
à des stades piagétiens différents selon la gravité
du déficit. Ainsi elle précise que l'enfant présentant
une déficience intellectuelle profonde se situe au stade sensori-moteur,
celui présentant une déficience intellectuelle moyenne se situe
au stade pré-opératoire et l'enfant présentant une déficience
intellectuelle légère se situe au niveau opératoire concret.
Dans tous les cas, ces enfants se trouvent dans l'impossibilité d'accéder
aux structures de la pensée formelle et le déficit touche toutes
les fonctions d'abstraction. De même, elle met en évidence la prédominance
de l'assimilation sur
l'accommodation chez ces sujets.
En fait, le développement du langage et la déficience intellectuelle,
dont j'ai exposé les concepts précédemment, comportent
tous deux des variabilités selon les enfants. Cette variabilité
de développement qui existe chez l'enfant «normal» rend difficile
la modélisation du développement langagier et intellectuel. Alors
la difficulté d'appréhender et de comprendre le développement
linguistique chez l'enfant déficient est d'autant plus grande.
De plus, il faut noter la difficulté de mesurer isolément le langage
de l'intelligence, et inversement, lors des tests d'évaluation puisqu'une
interdépendance existe.
Finalement on ne sait pas encore aujourd'hui si le langage se développe
de la même manière chez des sujets déficients que chez des
sujets dits «normaux». Et si cela est effectivement semblable, un
doute subsiste sur le fait d'un simple décalage chronologique ou d'un
décalage qualitatif. Néanmoins, on constate dans les institutions
d'éducation spécialisée que le langage des enfants déficients
intellectuels comporte des différences notables à âge chronologique
égal. Mais si l'on s'attache à l'âge mental (élaboré
par des tests à la fiabilité variable) des enfants déficients,
on peut considérer ce langage en pleine évolution.
L'utilité du langage dans la relation éducative
Le
langage peut être vu comme un simple outil de communication mais en institution
spécialisée, il représente un outil et un support indispensable
à l'éducation. En tant que travailleurs sociaux amenés
à travailler principalement avec la parole, on ne peut pas appréhender
le langage de manière simpliste. Le langage ne sert pas qu'à faire
des opérations intellectuelles mais aussi à dire des choses sur
soi-même.
Le langage a plusieurs utilités dans la relation éducative. On
peut parler de fonctions du langage. En éducation spécialisée,
le langage prend souvent comme fonction principale une fonction "utilitaire".
On communique alors avec l'intention de faire faire.
Le langage est un outil important dans la relation éducative puisqu'il
nous permet d'accompagner les apprentissages et le développement de l'enfant
en vue d'une certaine autonomie. Bien que l'éducateur soit amené
à utiliser la fonction "utilitaire" pour accompagner certains
actes éducatifs, il ne doit pas à mon sens utiliser cette seule
fonction. L'éducateur doit donc être le garant d'une interaction
plus riche et ainsi donner la sapience de langage. C'est à dire la transmission
du goût et la saveur du savoir. On peut rappeler l'importance de cette
dimension pendant la période d'acquisition du langage de l'enfant. D'ailleurs
plusieurs psychologues s'accordent à dire que si l'acquisition du langage
ne se passe pas dans le plaisir et le goût, on ne peut prétendre
à une évolution positive. Alors, le langage peut paraître
une menace, une souffrance de faire et de dire pour l'enfant. En cela, l'éducateur
doit se trouver du côté de la sapience et ainsi donner aux enfants
cette saveur qui est accordée aux choses de la connaissance ainsi que
le goût et le plaisir de communiquer avec autrui. On a toutes les chances
alors de leur offrir une envie d'échange inter-personnel. Cet échange
que l'on peut aussi appeler interaction langagière est une application
du langage que l'éducateur incite et entretient dans une relation éducative.
Les raisons en sont simples; elle permet au sujet de s'affirmer, de se construire
et de se sentir exister.
Finalement l'éducateur doit être garant de "la parole offerte dans laquelle il y a un jeu possible et différents
interlocuteurs avec la liberté du choix des mots".
Effectivement le langage ne peut pas être non plus une simple répétition
de mots sans sens, ni portée mais doit être une activité
créative permettant la liberté des mots et des compositions. Ainsi
l'enfant aura toute liberté de parler de lui, des choses et des personnes
qui ne sont pas en présence.
On peut noter également l'usage du feed-back dans la relation langagière.
Dans cette communication récurrente, il ne s'agit pas, pour l'interlocuteur,
de jouer le rôle d'un simple écho qui ne ferait que re formuler
mais de permettre l'ajustement entre l'intention (lu locuteur et l'attente de
l'interlocuteur. L'éducateur répond à l'enfant de manière
à marquer sa compréhension, à corriger et/ou réguler,
et parfois à enrichir la production. De plus, cette action verbale en
retour permet à l'enfant d'assimiler puis d'accommoder le langage.
Il faut d'ailleurs rappeler que l'enfant ne parle pas si on ne lui en donne
pas les moyens, à l'image du célébré "Enfant
sauvage" d'Itard. En ce sens l'éducateur est souvent amené
à stimuler verbalement les enfants déficients intellectuels. Ceci
est d'autant plus important quand la cristallisation autour du handicap et/ou
le manque de stimulation langagière du milieu familial n'a pas ou peu
donné la sapience. De même, I1 faut permettre à l'enfant
d'être à l'écoute de lui-même pour qu'il prenne conscience
qu'il a un langage et des possibilités d'expression qui, jusque là,
ont pu être cachés, restés timides ou ignorés. Et
pour y parvenir, il faut que l'enfant arrive à être à l'écoute
de son corps puisque "C'est du pouvoir de s'écouter que naît
la faculté de parler" Tomatis.
Finalement la parole, écrivait Dolto "permet au sujet de se construire
et de s'humaniser".
Exprimer sa pensée avec des mots, isolés ou associés, c'est
pouvoir s'affirmer, donner son opinion sur le sujet avancé, avoir la
possibilité d'accepter ou de réfuter les idées reçues.
Parler est donc une action subjective mais qui nécessite un contexte
social. C'est pourquoi, le langage a un rôle si important dans la relation
éducative avec des enfants.
On a pu ainsi voir que l'association langage et intelligence est intime et qu'il
est important de l'appréhender pour envisager un travail éducatif.